1000 du Sud
1000 du Sud

1000 du Sud

Il existe des choses qui nous font rêver régulièrement, et dont la réalisation se trouve suffisamment proche pour que l’on puisse s’y croire mais assez lointaine pour qu’elle appartienne à l’extraordinaire. Pour moi, et depuis quelques temps, les 1000 du sud en faisaient partie. Je lisais avec envie les multiples récits de ces fous du vélo qui parcourent chaque année une boucle de 1000 km à travers les Alpes du sud, en moins de 100h, en me disant que tout cela était naturellement hors de portée pour moi. Et puis, plus vite que prévu, je me suis retrouvé avec un vélo de route d’occasion qui roulait pas trop mal. Je me suis alors essayé à la longue distance, en roulant de plus en plus tard le soir et tôt le matin, jusqu’à me retrouver à parcourir 400 km en 24h en Auvergne. L’idée de m’inscrire à cette chouette randonnée m’a alors traversé l’esprit. C’est ainsi que, sans grande expérience de la longue distance, et sans aucune certitude d’être capable de terminer la randonnée dans les délais, je me suis retrouvé sur la ligne de départ au cœur de la Provence, à Cotignac, un lundi à 20h.

Le parcours qui attendait la petite cinquantaine de participants est un condensé de routes de montagne dont on ignore s’il va davantage solliciter les yeux ou les jambes. 1000 km et 20 000 m de dénivelé positif à travers les Alpes du Sud, une bon alignement de cols dont certains vraiment pas faciles, le tout sur de petites routes au cœur de paysages souvent splendides. Un chouette programme.

Jour 1

Deux départ sont au choix : le lundi soir à 20h et le mardi matin à 7h. Je décide de prendre le départ du soir pour profiter de la nuit et avancer rapidement sur les 200 premiers kilomètres du parcours. De plus, quitte à rouler de nuit, je préfère que ce soit au début de la randonnée, plutôt qu’à la fin… Des petits groupes de participants se forment assez rapidement. Connaissant ma propension à partir trop vite, je me laisse volontairement glisser dans le dernier groupe, qui roule à une allure qui me convient tout à fait. C’est la première fois que je roule dans un peloton si garni, qui plus est de nuit, je compte sur l’expérience des autres cyclistes, dont l’immense majorité a au moins deux fois mon âge. Les phares clignotants et les multiples refléchisseurs donnent à notre groupe une bonne visibilité, et je me laisse alors guider par les autres. En arrivant à hauteur du village de Tourtour, je roule en tête du dernier groupe composé de 5 à 6 participants, et les groupes qui nous précèdent de peu sont hors de vue. Alors que le parcours passe par le village, je ne prête pas attention au tracé et je continue tout droit. On m’avertit qu’on est “hors parcours”, mais c’est sans incidence et que cela revient à un très léger détour. Je continue alors à rouler et j’attaque la tranquille montée du col du Bel Homme en pensant que les autres sont devant. En arrivant au sommet, le temps de faire la photo de mon vélo devant le panneau pour valider mon passage, grande est ma surprise de voir émerger de la nuit une bonne vingtaine de lampes ! En faisant le léger détour, j’avais doublé le groupe sans y faire attention.

L’ensemble des participants continue alors sa traversée de la nuit en restant groupé. On traverse le camp militaire de Canjuers et on effectue rapidement la montée du col de Bleine, pas non plus très difficile. A ce moment, c’en est fini pour la portion plus montante de la nuit et tout le monde s’équipe alors pour le froid de la descente. Je suis parmi les premiers à repartir et un nouveau groupe se forme. On roule à bonne allure jusqu’à la vallée du Var que l’on atteint au petit matin. La circulation y est déjà bien importante et je suis content que le groupe de 4 cyclistes au sein duquel je suis s’organise pour prendre des relais. On arrive à l’embouchure de la vallée du Tinée, que l’on commence à remonter au lever du jour. 2 participants se laissent décrocher et je me retrouve en duo avec un collègue allemand, qui prend des relais vraiment costauds. Je fais de mon mieux pour garder l’allure lorsque c’est mon tour d’être le nez au vent mais je dois bien reconnaître que je me suis plus senti wagon que locomotive durant cette bonne vingtaine de kilomètres.

Un peu avant 7h, on arrive à Saint-Sauveur sur Tinée. Pour l’instant, tout se déroule comme je l’avais prévu, la nuit a permis d’avancer de 200 km et on se trouve au pied de la première difficulté. Les participants arrivent petit à petit pendant que l’on profite de l’ouverture des premiers commerces pour s’acheter un bon petit-déjeuner. Je fais l’interprète pour aider un bon groupe d’allemand à commander moultes viennoiseries.

C’est à cet endroit que commence la première véritable ascension de la randonnée : le col de la Couillole. La pente est régulière, à 8%, pendant une bonne quinzaine de kilomètres. Au long de l’ascension, je prends plaisir à rouler sur une route à flanc de montagne, qui serpente au gré des courbes de niveaux. Assez rapidement, le village perché et impressionnant de Roubion apparaît sur les hauteurs. Je fais une pause à mi-pente pour avaler un pain un chocolat que j’avais gardé en réserve au petit déjeuner et je rejoins le sommet du col pour la photo habituelle. Je n’avais pas particulièrement prêté attention au profil de la suite et je m’attendais à redescendre jusqu’à Guillaumes pour rejoindre le pied du col de la Cayolle. Cependant, ce n’est pas le cas. A peine a-t-on le temps d’entamer la redescente que la route s’élève une première fois, puis une seconde fois jusqu’à la station de Valberg. Alors que la pente n’est pas particulièrement raide, je trouve la ligne droite jusqu’au centre de la station bien longue. Cependant, une fois au sommet, je peux attaquer pour de vrai la redescente du col. Jusqu’alors, ma connaissance du Mercantour se résumait à une étude de cas sur le développement durable en cours de géographie en classe de 6ème, et je prends plaisir à mettre des paysages sur l’image mentale que j’en avais. Arrivé à Guillaumes, j’avise l’épicerie pour acheter un repas particulièrement équilibré : une boîte de taboulé, des chips apéritif et un coca. Quand je suis à vélo, j’ai cette chance de pouvoir avaler à peu près n’importe quoi, et n’importe quand, du moment que c’est en quantité ! Après une bonne restauration, je reprends la trace qui longe le Var vers le nord. A hauteur de Saint Martin d’Entraunes, la fatigue commence à se faire sentir et j’avise une prairie où je m’étends pour une sieste d’une vingtaine de minutes qui me remet en forme.

J’attaque alors ragaillardi par le repos les premières pentes du col de la Cayolle et ses 2326m d’altitude. A l’inverse de son presque homonyme qui l’a précédé, ses pentes sont assez irrégulières, contrairement à la grandeur des lieux qui elle, semble bien permanente. La route est assez tranquille, et les alentours sauvages. Je me laisse rêvasser jusqu’à mi-pente en essayant d’observer des marmottes dont des panneaux signalent la présence. Pas de chance, sûrement impressionnées par les bruits des moteurs des voitures de collection, elles ne pointent pas le bout de leur nez. Les derniers kilomètres forment de long lacets assez raides et je dois me forcer un peu pour atteindre le sommet, où m’attendent deux participants bien sympathiques dont l’allure est proche de la mienne. On discute un peu et ils repartent rapidement dans la descente. Le sommet donne à voir des paysages aux couleurs jaunies par les résidus de la sécheresse. Je prends quelques photos et je repars dans la descente en direction de Barcelonette. A mi-chemin, alors que je roule à plus de 60 km/h, j’aperçois une vache au milieu de la route. Je ralentis et je passe à son côté, sans qu’elle ne manifeste un quelconque intérêt pour ma personne. Je ne m’en vexe pas et continue à rouler plus prudemment, au cas où certaines de ses congénères aient le même raisonnement d’imaginer que l’herbe est plus verte sur la route. Peu après, je fais halte à la hauteur d’un cycliste arrêté sur le bord de la route. C’est un participant aux 1000 du sud qui a crevé dans la descente, et sa roue avant est venue percuter la falaise sur la droite de la route. Heureusement, il n’a qu’une petite égratignure au tibia mais sa roue avant est complètement pliée, je n’en ai jamais vu une dans cet état. Impossible pour lui de repartir, il devra faire du stop… La fatigue aidant, quelques pensées philosophiques sur l’aléatoire et l’injustice accompagnent ma fin de descente jusqu’à Barcelonnette, où je retrouve mes deux compères. On reprend un peu de force à une terrasse et on repart en suivant l’Ubaye vers le pied de la dernière difficulté du jour : le col de Vars.

Pour une raison totalement inconnue, je me l’imagine facile à franchir. Je roule à bonne allure en fond de vallée et j’arrive au pied de 3 grands lacets. Sentant bien que la forme commence à fléchir, je me pose au bord de la route et je passe quelques appels téléphoniques. (“Ne t’inquiète pas maman, tout va bien. Non je ne roulerais pas cette nuit, je ne vais pas tarder à me coucher.”). Après cela, je grimpe à grande peine les 5 kilomètres restants, dont une bonne partie autour de 10%. Les jambes ne suivent plus et je me vois contraint à marcher sur quelques centaines de mètres pour reprendre des forces. J’atteins à grande peine le sommet, où m’attendent les deux cyclistes qui m’avaient doublé entre temps, et dont j’ai oublié le nom (si vous me lisez, j’en suis navré). Leurs encouragements sont précieux pour me hisser à hauteur du panneau marquant le sommet.

Après une courte descente, j’arrive à Guillestre aux alentours de 18h. Je suis trop épuisé des 350km / 7500m D+ de la journée pour prendre un vrai repas et je me contente des Cracairns offerts par mon frère. Ces biscuits salés qu’il concocte dans sa boulangerie grenobloise me remplissent l’estomac et je déniche un terrain de pétanque en bordure de la ville. Pour cette randonnée, j’ai prévu de dormir tous les soirs en extérieur, pour l’esprit d’aventure mais surtout pour des raisons financières. J’installe alors mon bivouac sur le haut d’un talus pour être (très légèrement) caché, les nuits à la belle étoile ne me dérangent pas. Je me glisse dans mon sac de couchage et je m’endors en une poignée de seconde avant 20h30. Vers minuit, je suis réveillé par un orage. J’envisage un instant de me contenter de la protection offerte par mon bivy-bag mais la pluie est trop forte. Je déménage alors mon attirail sous l’avancée d’un toit d’une cabane proche. Vers 3h30, je suis surpris par la venue d’un homme désolé de devoir me réveiller pour pénétrer dans la cabane dont j’obstrue l’entrée… Je me décale et me rendors, avant de me réveiller, cette fois-ci pour de bon, à 5h.

Jour 2

Le réveil n’est pas évident, mais l’énergie présente. Je range mes affaires de bivouac, et je tourne dans Guillestre pour trouver une fontaine qui n’est pas à sec, histoire de ne pas attaquer l’Izoard sans eau dans les bidons. Je découvre les gorges du Guil à la levée du jour, la route monte en faux-plat sur une dizaine de kilomètres, parfaits pour s’échauffer pour la journée. Au pied du col, la pente s’élève rapidement. Je comptais m’arrêter à Arvieux pour déguster un véritable petit déjeuner mais j’y arrive trop tôt pour l’ouverture. Tant pis, je déjeunerai à Briançon. Je continue la route, en fond de combe, avant d’arriver à une partie plus raide en forêt. La journée ne fait que commencer et les jambes tournent bien. Je fais une pause à 5 km du sommet pour déguster une barre et j’atteins la casse déserte.

J’en avais déjà entendu de belles louanges, et je dois bien reconnaître qu’elles sont méritées. Après quelques photos, je termine l’ascension par quelques lacets qui s’arrêtent juste à temps. Une montée plus longue aurait été plus douloureuse… Je découvre au sommet une grande agitation de travaux, et je m’estime chanceux de n’avoir pas eu à pédaler dans le ballet des camions qui utilisent l’autre versant pour leurs allers-retours. Le temps étant encore frais, je m’équipe chaudement pour la descente, où je croise un nombre impressionnant de bikepackers qui semblent être partis de Briançon en début de matinée, pour une destination inconnue !

L’arrivée à Briançon et le petit déjeuner font bien plaisir : la combinaison café, jus d’orange, 2 croissants et 2 pains à chocolat fonctionne toujours aussi bien. Je prends mon temps pour manger : même si la journée risque d’être courte en termes de kilomètres, je redoute un enchaînement de pentes raides après le Lautaret, et mon expérience de la veille dans le col de Vars ne me rassure pas sur ma capacité à enchaîner les forts pourcentages. Une fois le petit déjeuner avalé, je quitte Briançon en me perdant un peu dans la ville. Je réussis finalement à attraper un panneau “Grenoble” qui me remet sur la route du col de Lautaret. Sur les premiers kilomètres, la circulation est importante, mais elle s’estompe au fur et à mesure de la traversée des stations du domaine de Serre-Chevalier. Je prends beaucoup de plaisir sur cette route : la pente est régulière, et c’est toujours agréable de pouvoir monter à plus de 2000m sans trop d’effort. La vue sur les Écrins est toujours aussi belle, même si les glaciers ont bien réduit depuis le début de l’été. Je fais une pause très rapide au sommet du col et je m’élance dans la descente. A peine quelques mètres avalés, j’entends un gros craquement provenant de mon vélo. Je m’arrête instantanément et j’inspecte avec appréhension ma machine. Je passe un gros quart d’heure à examiner chaque élément, et je ne repère rien d’anormal. Avec un peu d’inquiétude, et de gros doutes, je me prépare à repartir lorsque j’aperçois au sol un morceau de mon phare arrière. Je comprends alors, avec soulagement, que mon phare s’est décroché et s’est coincé dans mes rayons, provoquant le bruit entendu. Je passe encore un bon quart d’heure à rechercher les morceaux perdus de mon phare, et j’en retrouve 2 parmi les 3 manquants. Cependant, je me rends rapidement compte qu’il est irréparable… il faudra en acheter un nouveau à Bourg-d’Oisans pour pouvoir continuer à rouler de nuit.

Le début de la descente est assez agréable, mais le revêtement n’est pas très bon et j’essaye de rester vigilant dans mes trajectoires, surtout que je ne suis pas rassuré par mon ennui mécanique tout récent. A hauteur du Freney-d’Oisans, la trace oblique à droite pour remonter en lacet sur le flanc nord de la vallée. Les pourcentages sont élevés et il faut tout de suite se remettre dans le rythme, d’autant plus qu’il est midi et qu’il fait bien chaud. Je n’ai pas grand chose pour manger, et j’essaye de pousser jusqu’au Bourg d’Oisans avant de faire une véritable pause. Heureusement, la remontée n’est pas très longue. Après un bel effort, on arrive sur une route en balcon magnifique. Voir la grande ligne droite du fond de vallée me rend heureux de m’être élevé et d’avoir évité la fin de la descente ouest du Lautaret, pas particulièrement intéressante. J’aperçois en face la route en balcon miroir, que la trace emprunte juste après, dans l’ascension du col de Solude. Même si je sais que ça va être difficile, je m’attends à un cadre incroyable et j’ai presque hâte d’y être. Je valide la photo de contrôle à hauteur de l’étroit tunnel de Fayolle et je rejoins la fin de la route de l’Alpe d’Huez. La chaussée est large et le revêtement tout neuf. En roulant dessus, j’ai du mal à comprendre l’engouement des cyclistes pour cette ascension, elle doit être incroyablement ennuyeuse. Malgré tout, la route laisse place à de belles pointes de vitesses. Même si je ne suis pas un excellent descendeur et que j’ai du mal à prendre de belles trajectoires avec mon vélo de route, je me dis qu’il faudrait que je revienne avec ma randonneuse, sur laquelle je prends un plaisir inégalable à dévaler les pentes.

J’arrive au Bourg d’Oisans un peu avant 15h et je trouve un magasin de cycles ouverts, où j’achète un nouveau phare arrière pour remplacer l’ancien. A la boulangerie, la vendeuse peine à comprendre qu’il faut réchauffer tout ce que j’ai acheté, à savoir 3 tartelettes et 2 parts de pizzas, et que je vais bien tout manger de suite. Je fais ensuite un plein de caféine / énergie en prenant un coca / café à l’effet impressionnant et j’attaque tambour battant la montée du col de Solude. Elle commence par 9km à 9,5% de moyenne, par une route étroite en balcon. Encore une fois, le cadre est splendide. Par rapport à la veille, je trouve que mes jambes sont meilleures et que je profite beaucoup du paysage, alors que j’avais davantage dû me concentrer sur la gestion de l’effort dans les pentes de la Cayolle, sans apprécier le caractère sauvage du lieu à sa juste mesure. La route emprunte des longs tunnels non éclairés, où le bruit des gouttes tombant des infiltrations se répercute sur les parois. A la fin de la section en balcon, la route passe dans la forêt et la pente s’adoucit. Je trouve de l’eau à Villard-Notre-Dame et j’emprunte la section finale sur un chemin non revêtu pour atteindre le sommet du col à hauteur de Villard-Reymond. Un chauffeur de camping-car me demande s’il peut passer sur la route avec son véhicule. Vu l’étroitesse de la route et des tunnels, je le décourage de se lancer dans cette entreprise.

La redescente sur Ornon et la remontée du col du même nom se font sans réelle difficulté, même si les pentes étaient plus douces dans mes souvenirs. En arrivant à Entraigues, je sais que je dois prendre des forces pour affronter le redoutable Parquetout, dernière difficulté de la journée, et pas des moindres. Je m’assois en terrasse et demande le plus gros dessert qu’il est possible de me servir, en compagnie d’un coca. Le nutri-score prohibitif de mon repas n’entame pas mon coup de fourchette, et mon assiette se vide à grand pas. Je m’élance alors vers Les Angelas, et les pourcentages connus du Parquetout, avec 7 km à 10,5% dont un kilomètre à 12,5%. Je me motive pour le faire d’une seule traite, à bonne allure, en sachant que j’ai un pic d’énergie et que c’est la dernière difficulté de la journée. Lors de ma précédente ascension de ce col, j’avais un vélo 3 fois plus lourd, et un orage de grêle s’abattait sur moi. En comparaison, je m’estime presque chanceux ! Mon braquet de 34×32, qui me faisait douter au départ se trouve tout à fait adapté et j’atteins plus facilement que prévu le sommet du col. Résultat du match : Profiteroles 1 – 0 Parquetout.

Voyant qu’il me reste de l’énergie, j’hésite un moment à poursuivre la route jusqu’au franchissement du col de Noyer. Cependant, j’ai déjà bien avancé en faisant 560 km, et les difficultés majeures sont derrière moi. Je me dis que pour une première participation, finir dans les délais de moins de 100h est déjà bien, je songerai à faire des temps à d’autres occasions. Pour finir de me décider, la batterie fléchissante de mon phare avant me ramène à la raison, et je pars en quête d’un lieu propice au bivouac. Je rejoins Corps et j’emprunte un peu la route Napoléon, avant d’élire domicile sous le toit d’un lavoir dans le village du Glaizil. J’y trouve de l’eau pour me laver le visage et j’installe mon bivouac. La fontaine émet un bruit assez sonore, et je m’allonge avec la lumière d’un lampadaire en plein dans les yeux. Cependant, tout cela ne m’empêche pas de dormir et à peine 22h passées, le sommeil me gagne aisément.

Jour 3

Comme la veille, le réveil sonne à 5h30. Je m’accorde un léger sursis pour finalement décoller à 6h15 après avoir rangé mon bivouac. Malgré quelques réveils intempestifs en raison du spectacle son et lumière proposé par le lavoir et le lampadaire, je suis en forme pour la journée. J’arrive rapidement au village de Noyer et je grimpe tranquillement les pentes faciles du col du même nom. Le soleil se lève et l’atmosphère est brumeuse. Le faisceau de ma lampe frontale passe dans de multiples gouttelettes suspendues en l’air et donne de sympathiques réverbérations tandis qu’au fond de la vallée, le Drac est sous les nuages. Alors que j’atteins les deux derniers kilomètres, plus difficiles que le reste du col, le soleil continue sa course et éclaire de sa lumière rasante les crêtes du Dévoluy. Je m’arrête quelques minutes au sommet pour apprécier l’ambiance et prendre quelques photos. Dans la fraîche descente, je m’arrête à Saint-Etienne-en-Dévoluy pour prendre un petit déjeuner au café-épicerie du village, tenu par un ancien communiquant fort sympathique ayant quitté la Défense pour s’installer ici. On discute un peu de son quotidien et de son commerce, pendant que je me réchauffe à l’intérieur.

Une fois sur les hauteurs du Dévoluy, la trace nous fait monter et descendre au gré des cols locaux. Les conditions d’ensoleillement me font découvrir ce massif sous ses plus beaux atours et je dois reconnaître que je suis conquis. La redescente sur Veynes est très agréable et, après un peu de transition, j’attaque les pentes du col de la Haute-Beaume, sur une toute petite route. Au bout de quelques kilomètres, un blaireau mort git au milieu de la chaussée. Il est magnifique, et sa blessure très nette ; dans la chaude lumière qui l’englobe, la scène macabre prend des allures esthétiques très travaillées, je regrette de ne pas avoir pensé à la photographier. Désireux de prendre le soleil à mon tour, je m’arrête dans un champ pour lézarder un peu. La fin du col se laisse désirer et je m’attends à en apercevoir le sommet à chaque virage, mais elle n’est jamais là. J’y passe finalement juste avant qu’un troupeau de moutons, son berger et ses chiens ne rappliquent. Je prends mes roues à mon cou, et m’enfuit dans la descente. J’arrive alors sur la grande route du col de Cabre, dont j’avais oublié l’existence. Je pensais être lancé pour descendre jusqu’à Beaurières, mais ce n’est pas le cas, il faut encore avaler un peu de dénivelé sur une route assez passante dont je me serai bien passé, mais il n’y a pas vraiment d’autres alternatives. Je rejoins la Drôme que je longe jusqu’à Luc-en-Diois en passant par le sympathique saut du Claps, en roulant sur un faux plat descendant où je prends plaisir à mettre un peu de braquet pour rouler. Les sections propices à ce genre d’exercices s’étant faites rares jusqu’à présent. J’atteins Luc-en-Diois vers midi, où je me régale de 3 sandwichs pris à la Boulangerie du coin.

Le col de Pennes n’est pas bien difficile. Je l’avais déjà grimpé par le versant sud où la vue est plus dégagée que par le versant est que l’on emprunte ici. La pente est bien régulière, et au sommet, je retrouve un participant allemand aux 1000 du Sud. Ça faisait longtemps que je roulais seul, et un peu de compagnie est fort appréciable. On échange un peu sur nos impressions précédentes en cheminant vers la vallée de la Roanne, toujours aussi belle. Même si le moral est bon, il a de grosses irritations aux fesses et a de plus en plus de mal à s’asseoir. Je le laisse continuer vers le col de la Chaudière pendant que je fais un léger détour pour aller prendre un café au PMU de Saillans.

Le col de Chaudière est un peu plus long et pentu que le col précédent, et comme son nom l’indique, la chaleur y est forte. Il longe les trois becs du synclinal de Saou par l’Est. Il y a quelques semaines de cela, lors d’une randonnée au sommet d’un de ces becs, j’avais justement aperçu la route en me disant qu’elle devait être sympathique à emprunter. C’est maintenant chose faite. Au sommet, la pancarte indiquant le col a disparu. Je photographie donc un panneau indiquant un gîte tout proche pour justifier mon passage.

La descente se fait sans encombre et la montée vers le col de Sausse est très tranquille. Je commence à mon tour à avoir mal aux fesses, et je fais donc une pause à hauteur de Bouvières pour souffler un coup. Une fois arrivé au sommet, la descente emprunte le défilé de Trente Pas. La Drôme provençale regorge vraiment de routes sympathiques ! Mon objectif étant d’arriver à Malaucène ce soir-là, il ne me reste plus beaucoup de difficulté à avaler. Le col d’Ey ne présente pas de pourcentages élevés, mais je sens bien que la fin de journée approche et qu’il est plus difficile à grimper que ce qu’il devrait être… J’essaye toutefois d’admirer la vue sur les Baronnies, et de profiter de la forte odeur de lavande et d’olivier, un vrai régal !

En arrivant à Buis-les-Baronnies, j’ai du mal à résister au kebab donnant sur la place. Même si les prix sont cohérents avec le caractère touristique du village, je profite d’avoir un repas chaud après une bonne journée de vélo. Je repars à la nuit tombée en commençant à être attentif à un potentiel lieu de bivouac, mais la route le long de l’Ouvèze est passante. En arrivant vers Entrechaux, je n’ai toujours rien trouvé. Tout les abords de routes sont de grandes propriétés où je n’arrive pas à dénicher de lieu propice à mon installation. J’avise finalement le cimetière d’Entrechaux, où j’installe mon sac de couchage au fond d’une extension, exempte de tombe.

Jour 4

Le lendemain matin, à 6h, je m’élance pour la dernière journée. Il reste 200 km dont le Ventoux, tout ça commence à sentir bon pour les délais. J’arrive rapidement à Malaucène et l’entame la vingtaine de kilomètres d’ascension du géant de Provence. Je ne l’ai jamais grimpé par cette face, mais je trouve rapidement un bon rythme. Au cours de la montée, je rattrape 3 participants aux 1000 du sud partis plus tôt que moi, on se souhaite mutuellement bonne route et je continue la route. La pente est vraiment irrégulière, mais offre des sections propices au repos. En roulant tranquillement, j’arrive au sommet sans encombres, où règne une forte agitation : de nombreux hollandais semblent avoir organisé une course sur l’ascension côté Bédoin. Je m’équipe chaudement pour affronter la longue descente jusqu’à Sault. A peine le chalet Reynard dépassé, je suis content de mon choix : une pluie fine commence à tomber. Arrivé à Sault, je prends un bon petit déjeuner en compagnie du participant allemand croisé à Saillans. Malheureusement pour lui, les douleurs ne font qu’empirer, et il ne peut vraiment plus s’assoir sur la selle. Même si le plus dur est derrière nous, il reste tout de même 150 km à travers la Provence pour rallier l’arrivée.

Après le petit-déjeuner, je repars plus motivé que jamais. Les villages provençaux sont vraiment magnifiques, je m’en veux presque de les traverser si vite. Malheureusement pour eux, le chronomètre n’attends pas. Je traverse Banon, puis arrive à Sigonce, où la boulangerie propose des tartelettes et pain farcis délicieux. Comme au bourg d’Oisans, la quantité de ce que je consomme seul étonne la vendeuse… c’est que ça use le vélo !

Je repars ensuite en direction d’Oraison, où je traverse la Durance au milieu d’une forte circulation. La montée sur le plateau de Valensole est la dernière vraie côte du parcours, et elle s’avale aisément. Sur les derniers kilomètres, voyant que tout cela se rapproche, je profite un peu plus de la jolie lumière sur le lac de Sainte-Croix et les dernières routes jusqu’à Cotignac. J’arrive finalement au bout des 1000 km vers 18h30, avec plus de 5h d’avance sur les délais.

Au bout du compte, je suis vraiment ravi de cette expérience. Pour une première fois en longue distance, je considère m’en être plutôt bien sorti. J’ai constamment eu beaucoup de marge sur les délais, et à part dans le col de Vars, j’en avais encore sous la pédale. Je suis également content d’avoir pu bivouaquer les 3 nuits, et de ne pas avoir eu à rogner sur mon sommeil, je préfère autant que possible éviter cela !

Le parcours était vraiment splendide et bien pensé, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les routes que je ne connaissais pas, et à redécouvrir celles qui me plaisaient déjà ! Un grand merci à Sophie Matter pour l’organisation de l’évènement et à tous les participants pour le bon esprit tout au long du parcours. Sans aucun doute, je reviendrai !

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9 commentaires

  1. Thomas

    Lieber Luc,

    danke für diesen wunderbaren Bericht. Ich las ihn mit Hilfe des Übersetzers.
    Danke auch für Deine Übersetzung in der Bäckerei in Saint-Sauveur sur Tinée. Deinem Beisüiel folgend behielt ich die Zusammenstellung des Frühstücks während der Fahrt bei; 2 Croissant und 2 Paine au Chocolat, dazu Kaffee.
    Es ist schön zu lesen, dass es Dir gut erging. Auch ich bin noch immer voller glücklicher Eindrücke dieses herrlichen Erlebnisses.
    Alles Gute für Dich!

    Der Deutsche aus Saint-Sauveur sur Tinée

    1. Luc

      Vielen Dank für diesen Kommentar! Ich freue mich, dass du diese Erzählung gefunden hast und dass sie dir gefallen hat! Ich hoffe, dass der 1000er auch für dich gut gelaufen ist, und freue mich auf ein Wiedersehen, vielleicht bei einer der nächsten Ausgaben.

      Luc

  2. Charbonnier

    Merci pour le compte-rendu, c’est vivant et détaillé.
    Pour info, les bikepackers que tu as croisés dans l’Izoard participaient au Torino-Nice rally, qui a lieu tous les ans mais en général en même temps que le 1000 du Sud.

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