Tour des Écrins par les chemins
Tour des Écrins par les chemins

Tour des Écrins par les chemins

En fouinant sur internet, on a vu passer des récits de tour des Ecrins à vélo qui empruntaient majoritairement des chemins. Les photos donnaient envie, la montagne aussi, on n’a donc pas hésité longtemps avant de planifier à notre tour une excursion autour de ce massif des Alpes, que nous ne connaissions pas du tout. Après un peu de temps à préparer l’itinéraire (trace disponible ici) et le matériel, les sacoches étaient chargées sur les vélos, pour se diriger vers la gare et prendre le dernier bus du jeudi soir pour le Bourg d’Oisans.

Le plan initial était de se rapprocher du point de départ dès le jeudi, pour être sur place et entamer la route rapidement le vendredi matin. En quittant l’arrêt de bus, on commence à rouler sur les pentes du col d’Ornon. La route n’est pas très large et les chemins périphériques sont peu propices à l’installation d’un bivouac, alors on continue tranquillement la montée dans la tombée de la nuit. L’atmosphère est bien calme, avec une légère pluie et un beau coucher de soleil. La route s’élève tranquillement jusqu’à 1500m d’altitude. Sur le bord, on observe la roche finement découpée en ardoises, presque comme des feuilles. On est également impressionnés par le nombre, la variété et la tenue des potagers des villages que l’on traverse : trop petits pour être des parcelles d’exploitants agricoles, ils doivent demander un travail important pour des simples parcelles domestiques. En regardant la carte de plus près, on aperçoit un endroit où l’on pourrait camper, à quelques mètres du sommet du col. Puisque le pique-nique a déjà été englouti dans le bus, on installe la tente en bordure de village et on s’endort rapidement.

Jour 1

Vendredi matin, on entame la descente, entourés par de beaux sommets rocheux. Arrivés à Entraigues, on se lance dans la montée très raide (près de 5km à 12%) du col de Parquetout. Pendant qu’on mouline avec nos petits braquets, les montagnes alentour se couvrent de nuages noirs. La pluie commence à tomber sérieusement. On se fait dépasser par une camionnette avec un autocollant “Look”. Le conducteur s’arrête et compatit : il nous raconte avoir grimpé le col avec un braquet bien moins avantageux : pour les connaisseurs, alors qu’on profite joyeusement de notre 24/34 et 26/36 dans les montées, son 39/27 ne l’a pas autorisé à poser les fesses sur la selle… On continue d’avancer vers ce qui s’avère être le cœur de l’orage. La pluie se mue en grêle, on est bien contents d’être casqués. Les éclairs se font de plus en plus fréquents, un véritable spectacle de son et lumière. Mouillés jusqu’aux os, on finit par atteindre le col et on redescend vite pour trouver un endroit où s’abriter.

Au creux d’un virage, on tombe sur l’abri parfait : table de pique-nique et fontaine. On essore nos affaires, on gonfle les tapis de sol et c’est parti pour une sieste sous la table en attendant que l’orage passe. Après deux heures, le soleil pointe de nouveau son nez, on déjeune, on fait tout sécher et on se remet en selle sur les routes fumantes. La trace passe un moment par la route Napoléon, la nationale qui relie Grenoble à Cannes. En fin de journée, on atteint le Champsaur. On bivouaque près d’un plan d’eau qui nous offre un bain bien mérité.

Jour 2

C’est le lendemain que la notion de “tour par les chemins” prend tout son sens. Alors que la route était bitumée jusqu’à présent, on s’aventure maintenant sur des tracés plus aléatoires : piste de cailloux, sentier forestier, chemin agricole, traversée de prairie : tout y passe. Dès le départ du lac, on comprend vite que notre vitesse va être plus faible. Le chemin dans la forêt est encore tout boueux à cause des orages de la veille, et les racines créent des marches pas évidentes à franchir avec notre chargement. On accepte de descendre régulièrement de nos vélos pour inverser les rôles : ils nous supportent si souvent qu’on leur doit bien de les pousser de temps à autres. Par une multitude de petits raidillons, on atteint un golf sur les hauteurs de Gap, que l’on traverse rapidement, avant d’enchaîner sur une chouette descente technique dans la forêt. On longe ensuite un canal en balcon avant la descente finale dans Gap.

C’est jour de marché à Gap. On avise une friterie bien alléchante qui nous donne 2 belles portions que l’on complète avec des abricots de l’étal d’en face, où l’on obtient même une pêche gratuite en supplément. Si c’était un geste commercial pour fidéliser de futurs clients, le maraîcher n’était pas bien avisé… on ne s’en plaindra pas. Il fait bien chaud en centre ville, et la circulation est dense alors on ne s’attarde pas. On quitte Gap par l’est et, en à peine un kilomètre, on est de retour sur les petits chemins qui secouent forts… Après un moment, on emprunte une petite route qui monte en 4-5 lacets vers le village de Montgardin, perché sur une colline 100m plus haut. Dans les premiers décamètres de la route, on entend un bruit de moteur retentissant et une vieille voiture de course nous double à toute allure, avant de faire le premier virage en dérapant sous nos yeux. On entend la suite de sa montée résonner : énorme accélération et crissement de pneu à chaque virage. Malheureusement pour nous, il redescend dès le sommet atteint, et recommence l’opération : on espère très fort qu’il garde le contrôle de son bolide et qu’il ne lui vienne pas à l’idée de refaire un tour de manège. Heureusement pour nous, il décide de nous laisser tranquilles et d’aller polluer plus loin. On finit donc la montée en silence en observant dans les virages de grandes traces noires avec une odeur de caoutchouc fumant.

On traverse la nationale au niveau de Chorges et on entame (par la route) la montée vers Saint-Appolinaire, tout en jouant aux devinettes. Pour votre gouverne, les bonnes réponses à notre partie étaient “un aimant” et “un pistolet playmobil”. On casse rapidement la croûte au sommet de la route et on continue la montée par des pistes gravillonnées qui nous font chauffer les cuisses. On profite des magnifiques vues sur le lac de Serre-Ponçon et ses alentours pour trouver un prétexte à souffler un coup. Lancés dans notre montée, on rate un chemin qui part vers la droite et qui devait nous apporter la délivrance en nous faisant redescendre. On fait un peu de bonus et on fait demi-tour à la recherche du chemin raté. Quand on l’identifie, on comprend pourquoi on l’avait ignoré : c’est un petit GR qui dégringole entre les cailloux et les racines de la forêt. Si la trace n’attestait pas que des cyclistes était déjà passés, on ne s’y serait sûrement pas aventurés. On tente tout de même notre chance, en posant régulièrement le pied à terre pour retenir nos vélos, et on descend à toute petite allure vers les villages en contrebas, le tout dans le vacarme de nos freins crissant à cause de leurs disques brûlants.

A peine arrivés en bas, il faut remonter, encore par un chemin raide… Une fois le pied posé à terre (ce qui arrive rapidement), il est impossible de repartir. On se met à deux pour pousser nos vélos et on arrive enfin en haut de la dernière côte de la journée. On rejoint alors Châteauroux-les-Alpes, où, après une douche glacée mais vivifiante dans le torrent local, on pose la tente dans un square avec jeux pour enfants. Luc a “super faim” donc il cuisine du riz pour 6 personnes et ne mange que 2 portions, ce qui laisse des restes pour les jours suivants. Tout propres et le ventre plein, on s’endort rapidement. Au cœur de la nuit, on entend 2 jeunes femmes entrer dans le square pour discuter. Elles ne restent pas longtemps et aperçoivent la serviette qui sèche sur un banc. On entend alors : “T’as vu, il y a un truc sur le banc. Ça se dégrade Chateauroux…”.

Jour 3

Dimanche matin, c’est re-belotte : on part directement dans les chemins – montagnes russes que l’on avait quittés la veille. La vue est splendide, et on profite de l’air frais de la forêt et des nombreux torrents qui dévalent des sommets à notre gauche. On se fait secouer toute la matinée et on redescend finalement jusqu’à la Durance, où l’on pique-nique un coup et on se baigne pour se rafraîchir.

On remonte alors la Durance en direction de Briançon. Pour ceux qui sont habitués à longer des rivières, on pourrait s’attendre à une route plate et monotone. Que nenni : elle est trop proche de la nationale à notre goût ; on s’élève donc sur le flanc ouest de la vallée, en admirant la balais des planeurs qui atterrissent et décollent (ou plutôt se font catapulter) depuis l’aérodrome du fond de vallée. On atteint Briançon en fin d’après-midi, où l’on transfère une bonne partie de la gamme alimentaire du Carrefour dans nos sacoches puis nos estomacs, et on entame la lente et douce montée vers le col du Lautaret. Au départ, fidèles à notre plan, on reste sur les sentiers parallèles à la Guisane, mais on a rapidement marre d’être secoués comme des pruniers et on décide de rejoindre la route où la circulation n’est pas trop dense. La pente est très douce, alors on grimpe rapidement et on atteint un plan d’eau après Monétier-les-bains. On plante notre tente entre deux panneaux “camping interdit” et “baignade interdite”. Le duo douche dans le lac / dîner est toujours aussi agréable après une bonne journée de vélo et on file rapidement dans nos duvets.

Jour 4

Ça y est, c’est déjà le dernier jour de ce chouette périple. Pour la dernière fois de la semaine, on plie la tente, et on met nos deux tracteurs en avant. On redonne leurs chances aux chemins, avant d’abandonner une nouvelle fois pour rejoindre la route. Les pentes ne sont pas fortes alors on atteint rapidement la col de Lautaret. Comme on a de l’avance, et du mal à résister à l’envie de prendre de la hauteur, on décide de prendre un café et de faire un détour par le col du Galibier. On part en même temps qu’un groupe d’une dizaine de cyclistes italiens bien rigolards, aux vélos carbones rutilants, avec lesquelles on fait une course informelle, que l’on gagne haut la main. Dans la montée, on double un cycliste allemand qui n’arrive pas à monter son vélo sur-chargé et qui se voit contraint à le pousser. On l’encourage un coup et on continue l’ascension, en admirant les points de vues magnifiques sur la Meije.

Petite photo au sommet et c’est parti pour la descente ! On doit un peu batailler avec les motos et les voitures pour se faire respecter, mais tout se passe bien. On déjeune à nouveau au Lautaret, et on continue le toboggan géant jusqu’au Bourg d’Oisans. La route est splendide, mais parfois gâchée par le vent de face et la circulation : on ne souhaite à personne de se faire doubler par un convoi exceptionnel dans un tunnel, c’est une expérience assez désagréable.

Après près de 310 km, dont une bonne moitié sur des chemins, on est bien contents d’arriver… On prépare nos vélos pour le trajet de bus en se promettant de revenir pour continuer à explorer les Alpes !

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