Chapitre 2 – On tourne autour du Pô : de Turin à Venise
Chapitre 2 – On tourne autour du Pô : de Turin à Venise

Chapitre 2 – On tourne autour du Pô : de Turin à Venise

La trace en rouge correspond grossièrement à la section décrite dans cet article. Les détours pour aller faire les courses, chercher de l’eau etc. ne sont pas représentés, mais cela donne une idée des routes empruntées.

Débuts dans la plaine du Pô

En quittant Turin, deux voies s’offraient à nous pour rejoindre Venise, notre prochaine destination. On pouvait opter pour la voie du nord, en longeant les grands lacs, mais on avait déjà eu un bref aperçu de cette région lors de notre semaine de Milan à Mulhouse. L’autre option, plus classique consiste à suivre le Pô, en parcourant la trace d’une Euro-vélo, ou du moins ce qui est censé en être une. C’est cette option que nous avons retenue.

Très brusquement, dès que nous avons quitté Turin, le paysage a radicalement changé. L’ambiance montagneuse qui régnait jusqu’alors s’est volatilisée, pour une plaine à perte de vue. Seules les quelques collines subsistant sur la rive sud du Pô donnent une légère ligne d’horizon au paysage. La route que nous suivons, qui n’a d’Euro-vélo que le nom, puisqu’elle n’était ni indiquée, ni aménagée longe de grandes parcelles de monoculture céréalières, très souvent du riz.

Un quotidien bien réglé

Lors de cette traversée de l’Italie du Nord, d’Ouest en Est, nous avons rapidement développé une routine de voyage. Le matin, on se réveille avec le soleil et on plie les affaires, avant de prendre notre petit déjeuner, composé d’une tasse de Ricoré, et d’une bonne gamelle d’un mélange de flocons d’avoine au lait en poudre, avec de multiples fruits secs, un peu de chocolat, du lait concentré sucré et quelques morceaux de fruits. Invariablement, une épaisse brume pèse sur toute la plaine. Les premiers coups de pédale se font dans l’humidité mais la brume se dissipe aux alentours de 10h, où l’on peut alors installer le panneau solaire à l’arrière d’un vélo pour recharger les différents appareils électroniques. Malgré l’absence de nuages, on a l’impression que le soleil n’est jamais vraiment puissant dans le plaine, et l’horizon bien fade, en raison d’une certaine persistance de la brume.

A midi, on profite souvent d’une aire de jeu pour enfants pour y pique-niquer. On y trouve souvent tout ce dont on a besoin : une fontaine, des poubelles, ainsi que installations propices pour sécher notre tente ou même une lessive. On déjeune alors des sandwichs aux crudités que l’on se confectionne sur place, ou bien de rapides omelettes au réchaud, avec des tomates, champignons ou autres légumes, notamment en fonction de ce qu’on a trouvé en promotion au supermarché. On flâne un peu en début d’après-midi, et on reprend la route.

Vers 16h, on s’arrête de nouveau pour goûter et on recharge toutes nos réserves d’eau (4 bidons de 1L et une grande poche de 4L). Tout en suivant l’itinéraire prévu, on se met alors à a recherche d’un lieu de bivouac. Tous les soirs, on finit par dénicher un endroit où on peut poser la tente, après des étapes relativement courtes, souvent aux alentours de 80 km. Les lieux où l’on élit domicile sont de qualité variable, plus ou moins cachés, plus ou moins proches de table de pique-niques ou autres commodités, mais nous n’avons jamais été dérangés. On se cuisine alors notre dîner, on prend une douche grâce à nos réserves d’eau et on s’installe dans la tente à la tombée de la nuit. Les liseuses nous tiennent compagnie un moment, et on s’endort assez rapidement, d’autant plus que le changement d’heure tout récent décale notre rythme.

Une grande plaine rizicole

Les paysages que l’on traverse au cours de nos premières étapes, dans le Piémont et en Lombardie sont fortement marqués par l’agriculture. A perte de vue, de grandes parcelles de riz s’étendent de part et d’autre des chemins que nous empruntons. Le Pô n’est jamais bien loin, et l’on aperçoit en permanence un complexe système de canaux, vannes et autres systèmes destinés à l’irrigation. Les parcelles agricoles ont souvent une forme carrée, et sont orientées selon les points cardinaux, en héritage de la centuriation, le système de découpage géographique des Romains. De ce fait, les routes sont souvent rectilignes, et il faut l’avouer, parfois un peu monotones. On y roule souvent sur des petites digues, surplombant la plaine de 3 à 4 mètres. Sur cette digue est tracé une chemin où se mêlent des pierres mal dégrossies et de la fine poussière blanche qui s’incruste dans les rouages graissés des transmissions de nos vélos. La chaîne produit rapidement un bruit particulièrement douloureux pour ceux qui ont l’oreille attentive à la santé mécanique d’une bicyclette. Depuis notre petit perchoir, on voit souvent de grands corps de ferme isolés, très souvent à l’abandon. Autour d’eux subsistent parfois des petites maisonnettes destinées aux ouvriers agricoles. Quelquefois, un clocher y est accolé, donnant alors à ces ensembles des airs de villages miniatures, au milieu de rien. Quand les pseudo-villages sont abandonnés, cela donne une certaine ambiance de ton sur ton, ou plutôt de rien sur rien. De temps à autre, de maigres peupleraies rompent avec l’ambiance céréalière.

De manière très régulière, les pistes agricoles que nous empruntons débouchent dans de petits villages dominés par de hauts clochers, fins et pointus, qui se détachent de loin dans le paysage désolément plat. On traverse les villages dans le concert des aboiements des chiens que notre passage tire de la sieste et on observe avec attention la régularité italienne dans la dénomination des rues. Tous les villages que nous traversons dans la première partie de notre trajet comportent une Via Roma, une Via XXV Aprile (en l’honneur de la libération des villes du nord), et une Via G. Garibaldi.

Comme l’on bivouaque exclusivement, on a assez peu d’occasion de rencontrer des locaux. Quelques kilomètres après Turin, au bord d’un canal, on a tout de même croisé Paul, un professeur d’histoire-géographie du Val-de-Marne bien sympathique qui met à profit ses vacances pour aller de Briançon à Venise à vélo, en s’arrêtant pour visiter les villes qu’il traverse. On roule quelques dizaines de kilomètres en discutant avec lui, et on se recroise un peu par hasard à Pavie, avant que nos routes se séparent : il choisit de continuer le long du Pô, tandis que, lassés par la monotonie des paysages de la plaine du même nom, nous choisissons de la quitter, et d’emprunter une route plus au nord.

Les grandes villes du nord

On fait alors confiance à notre application de guidage favorite : B-router, pour nous concocter un itinéraire. On parcourt alors de nombreuses cyclopedonale, des pistes cyclo-piétonnes séparées des départementales par un terre-plein. Alors qu’en ville, le mélange cycliste / piétons n’est vraiment pas évident, la faible circulation permet ici à tout ce monde de bien s’entendre sur les grands itinéraires et on se plait à être séparés de la circulation automobile. On doit bien reconnaître que les Italiens manient l’art du dépassement avec un peu plus de promptitude et de détermination que leurs voisins français et on a parfois du mal à comprendre le sens du klaxon qui peut au choix signifier : « bonjour », « attention j’arrive », « pousse toi », « allez », ou encore « dégage de là p** de cycliste de m** ».

Au cours de notre périple, on traverse rapidement les villes de Pavie et Crémone, où Luc s’invite au début de l’entraînement de l’équipe locale d’ultimate, histoire de lancer quelques frisbees. En ville, on se fait souvent apostropher par des italiens, souvent âgés qui prennent plaisir à se lancer dans de grands monologues auxquels on ne comprend pas grand-chose. Dans ces villes on observe rapidement les curiosités architecturales locales, souvent des églises en brique, mais on ne s’y attarde pas particulièrement.

Au bout de quelques jours, en s’approchant du lac de Garde et de la ville de Vérone, on arrive en Vénétie. Le paysage change : l’épuisante brume matinale disparaît, le soleil se fait plus puissant, de très légers reliefs apparaissent, sur lesquels s’étalent des vignes, des vergers et des pâturages. L’odeur ambiante de lisier se fait plus discrète et les cours d’eau, qui nous semblaient particulièrement pollués en Lombardie, semblent plus hospitaliers. On tente alors de visiter Vérone, mais on abandonne rapidement. L’entrée à vélo dans la ville est un triste spectacle : les trottinettes roulent sur le trottoir, les piétons marchent sur la piste cyclable, et les voitures s’arrêtent au milieu de la route en se transformant en piquets de slalom pour leurs congénères qui doivent alors les contourner. La ville est envahie par des flots de touristes. Alors que passer une journée sur la selle ne nous déplait pas, rester une heure au milieu de la foule à pousser nos vélos nous laisse épuisés. La ville avait l’air fort jolie et sympathique, mais on n’a malheureusement pas réussi à l’apprécier à sa juste valeur.

Après ce cours passage à Vérone, on continue notre route et on peine à trouver un bivouac. Alors qu’on questionne une famille locale dans le but plus ou moins avoué de dormir dans leur jardin, leur bienveillance nous retient plus longtemps que prévu. Ils appellent plusieurs de leurs connaissances, cherchent à tout prix à nous faire aller à la Villa Buri, c’est-à-dire 15 km à rebrousse-poil de notre trajectoire, où nous aurions éventuellement pû camper, avant de sembler sincèrement désolés de ne pas pouvoir nous proposer de solutions. Finalement nous avons trouvé un lieu propice proche d’une rivière en continuant un peu à rouler.

Le lendemain, juste avant l’arrivée dans Padoue, une demande de notre part porte ses fruits. Après seulement quelques mots, Daniela et Massimo nous accueillent sur leur pelouse digne d’un green de golf. On profite d’une douche chaude et, alors que l’on dîne à côté de notre tente, on a même la chance de se voir offrir une tarte sucrée et une bouteille de vin local. Pour entrer dans Padoue le jour suivant, la piste cyclable que l’on suivait nous a gentiment conduit sur une bretelle d’autoroute, sur laquelle on a dû, un peu perdus, faire demi-tour et remonter la circulation. Cela ne nous a pas empêchés de découvrir la ville, bien éveillée autour de son marché.

Au fur et à mesure que l’on s’approche de Venise, la densité de villas et de canaux augmentent, tout comme la richesse visible des habitants. Maryam déniche un super bivouac dans un bois accolé à Mestre, la partie continentale de Venise. On y passe la nuit et on découvre le lendemain qu’un autre cyclo-voyageur a planté sa tente quelques arbres plus loin. On rejoint Venise à vélo, dans une brume épaisse, et on laisse les deux vélos et leurs sacoches dans un box sécurisé prévu à cet effet. On y considère que le prix de 10€ par jour et par box est suffisamment élevé pour ne pas respecter l’obligation de ne mettre qu’un unique vélo par emplacement.

Tout contents de pouvoir déambuler légers, on arpente alors les ruelles de la Sérénissime. On y est assez impressionnés par le prix des visites et, alors qu’un ami, fin connaisseur de la ville, avait passé du temps à nous dresser une liste de choses à ne pas rater, c’est finalement la page internet « Top 10 des visites gratuites à Venise » qui a honteusement guidé nos pas.

A midi, alors que l’on vient d’acheter deux parts de pizzas, une mouette fond sur Maryam et lui arrache sa part des mains. Tous penauds, on se voit contraints d’en partager une seule, sous le regard mi-compatissant, mi-moqueur des autres touristes. En fin d’après-midi, on quitte l’île de Venise en direction de notre prochaine destination : la Slovénie. Cette traversée d’Ouest en Est de l’Italie aura duré 8 jours, pour 570 km.

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14 commentaires

  1. regnaud Ph.

    Bravo pour ce rythme régulier.
    Ce chemin a dû vous sembler plus facile que la route jolie mais “infernale” des Colle Basset, della Assieta, Finestre et autres…
    Par où entrez-vous en Slovénie ?
    Bonne poursuite.
    Papy

    1. CYCLOHC

      Il est vrai qu’après les Alpes cette Plaine du Pô est assez monotone. Mais vous avez quand-même su nous faire profiter de belles photos.
      Merci à vous et Bonne Route !
      On attend la suite avec autant de plaisir.

    2. Maud

      Bonjour,
      Je prévois pratiquemment le même trip que vous en avril mais avec 3 jours à Venise. Et en effet, je trouve le prix du bicipark exhorbitant. J’aimerais faire comme vous et mettre 2 vélos dans le même box. Mais comment faire s’il faut réserver à l’avance les box ?
      Merci d’avance pour votre réponse !

      1. Luc

        Salut ! Super que tu prévois ce voyage.
        On n’avait pas réservé le box à l’avance. En arrivant sur place (assez tôt un matin de semaine) il y en avait vraiment beaucoup de disponibles donc je ne pense pas que ce soit nécessaire de réserver.
        Si jamais tu as peur de l’affluence, je pense que tu peux réserver un seul box sur le site et tout mettre dedans…
        Bon voyage !

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